Ne privatisez pas nos professionnels de la santé
« Les nouveaux médecins sont profondément déterminés à travailler dans un système public universel de soins de santé, global, accessible et à un seul niveau, ainsi qu’à le préserver et à l’améliorer – un système dans lequel tous les Canadiens ont un accès égal aux médecins et aux hôpitaux. »
Association canadienne des médecins résidents Présentation à la Commission Romanow
LES CHIFFRES :
| 4 millions Le nombre de Canadiennes et Canadiens qui n’arrivent pas à trouver un médecin de famille. |
49 % Le pourcentage d’infirmières qui prennent leur retraite avant 65 ans. |
113 000 Le nombre d’infirmières qu’il va manquer au Canada d’ici 10 ans. |
41 314 Le nombre d’étudiantes en techniques ou sciences infirmières qui devront être inscrites dans les écoles de formation infirmière afin de remplacer celles qui vont bientôt partir à la retraite. Le Canada a de la place seulement pour 12 000 étudiantes. |
7 % L’augmentation des probabilités de décès pour chaque patient supplémentaire ajouté à la charge de travail d’une infirmière. |
1 551 La différence entre le nombre de médecins que nous aurons (36 357) et le nombre dont nous aurions besoin (37 908) d’ici l’année 2012. |
Pénurie de médecins et d’infirmières : La privatisation n’est pas la solution
Lorsque vous ne pouvez trouver un médecin de famille dans votre communauté ou si vous êtes un patient à l’hôpital en attente de soins d’une infirmière désespérément surchargée de travail, vous comprenez alors l’importance de trouver des solutions à la pénurie de médecins et d’infirmières au Canada. Or, permettre davantage d’installations privées de soins et de services de santé ne va pas régler le problème de la pénurie de professionnels de la santé.
En fait, cela va aggraver le problème.
Tous les services de santé privés à but lucratif ont besoin d’infirmières, de médecins et d’autres professionnels de la santé. Ils se tournent vers les mêmes infirmières et médecins qui travaillent au sein du système public de santé et les « maraudent » pour servir les gens qui peuvent se permettre de payer des services privés.
Parce que le système privé exige un prix plus élevé pour ses services, il peut souvent rémunérer davantage les professionnels de la santé. Ce « maraudage » de professionnels de la santé qui ont été formés par le système public de santé signifie qu’il y a moins de médecins, d’infirmières et d’autres professionnels disponibles pour le reste d’entre nous. Les délais d’attente s’allongent pour consulter les médecins de famille et les spécialistes; les soins infirmiers hospitaliers sont aussi allongés en raison d’un manque de ressources; et, finalement, tous en souffrent, sauf les plus fortunés qui peuvent se payer des services privés coûteux.
Y a-t-il vraiment une pénurie ?
Lorsque nous pensons aux professionnels des soins de santé, nous pensons habituellement aux médecins et aux infirmières en premier. Mais, il y a plus de 1,5 million de personnes qui assurent le fonctionnement de notre système de soins de santé. Les médecins ne comptent que pour 8 % de l’ensemble; les infirmières représentent à peu près 35 % incluant les infirmières autorisées et les infirmières auxiliaires.
Le reste est composé de physiothérapeutes, de personnel des foyers pour aînés, des chiropraticiens, des employés de laboratoire, des technologues d’imagerie et d’un large éventail de personnes qualifiées qui nous aident à rester en santé ou à nous rétablir. Les pénuries dans chacun de ces secteurs ont un impact sur l’ensemble du système de soins de santé. Les pénuries les plus connues portent sur les médecins et les infirmières.
D’ici l’année 2012, il est estimé que nous aurons besoin de 5 200 médecins de famille supplémentaires pour prendre soin des 4,6 millions de Canadiennes et Canadiens supplémentaires, y compris ceux qui n’ont pas de médecin de famille présentement, et qui en auront besoin.
Dans 10 ans, il nous manquera plus de 100 000 infirmières pour prendre soin des besoins d’une population vieillissante.
Pourquoi y a-t-il des pénuries ?
Tout au long des années 1990, les gouvernements ont crû que nous formions trop d’infirmières et de médecins.
Alors, il y a eu des coupures dans les inscriptions en médecine et en formation infirmière, ainsi que des coupures dans le financement des soins de santé et en éducation postsecondaire.
Les coupures ont aussi fait en sorte que nous n’avons pas eu suffisamment de fonds pour engager des professeurs afin de former les nouveaux étudiants. Ainsi, même lorsqu’il y avait de la place pour des étudiants, il n’y avait pas suffisamment d’enseignants pour les former.
Par conséquent, nous n’avons pas formé suffisamment de médecins et d’infirmières pour satisfaire nos besoins. Et des demandes supplémentaires ont été ajoutées à la charge de travail des médecins et infirmières déjà dans le système. Nos médecins et infirmières travaillent de plus longues heures et plus fort pour répondre aux demandes croissantes d’une population vieillissante et faire face à des maladies et traitements plus complexes.
Nos médecins et infirmières s’épuisent au travail. Trois infirmières diplômées sur 10 quittent le Canada ou quittent leur domaine dans les cinq premières années d’embauche. Près de la moitié des infirmières prennent leur retraite avant 65 ans. Celles qui restent doivent composer avec une charge de travail plus lourde et davantage de travail administratif.
Et, ces professionnels vieillissent aussi. L’âge moyen de nos médecins est maintenant de 50 ans; nos infirmières sont, en moyenne, âgées de cinq ans de plus que la plupart des gens salariés.
Les problèmes qui ont entraîné les pénuries d’infirmières et de médecins ont aussi entraîné des pénuries au sein de plusieurs autres corps professionnels de la santé.
Les pénuries représentent seulement une partie du problème
Outre le manque de professionnels de la santé, il y a aussi le fait qu’ils ne sont pas là où nous en avons besoin. De grands écarts existent entre les provinces et entre les communautés rurales ou éloignées et urbaines.
Il est plus difficile pour les personnes vivant dans des communautés rurales ou éloignées d’avoir un accès garanti aux soins médicaux que celles vivant dans les centres urbains, où la plupart des médecins et infirmières préfèrent travailler.
Pourquoi la privatisation n’aidera pas
La privatisation des services de santé et le fait de permettre davantage de services offerts par des compagnies à but lucratif ne va pas aider à résoudre le problème de la pénurie de professionnels de la santé. En fait, cela va aggraver la situation.
Les services privés ne forment pas les professionnels de la santé. Ils les retirent du système public. Chaque médecin, infirmière ou autre travailleur de la santé qui quitte le système public pour travailler dans des cliniques privées à but lucratif signifie qu’il y en a un ou une de moins dans le système public pour prendre soin de la plupart d’entre nous.
Qu’arrive-t-il lorsque des professionnels de la santé quittent pour travailler dans des cliniques privées à but lucratif ?
- Les pénuries de professionnels s’aggravent
- Les délais d’attente s’allongent
- Il y a moins d’infirmières dans les hôpitaux et les centres médicaux
- La charge de travail s’alourdit pour ceux et celles qui restent dans le système public
- Les coûts augmentent puisque le système public tente de retenir du personnel en offrant des salaires concurrentiels à ceux du secteur privé
- Une dépendance s’accentue envers les professionnels formés à l’extérieur du pays
Ce qui signifie que le Canada doit « marauder » des médecins en provenance de pays qui ont désespérément besoin de professionnels formés pour maintenir leur propre système de soins de santé.
Les soins de santé devraient reposer sur les besoins et non sur la capacité de payer. C’est l’un des principes les plus fortement défendus par la grande majorité de Canadiennes et Canadiens. Nos soins de santé publics reflètent nos valeurs canadiennes d’égalité et de justice. Nous voulons que toutes les Canadiennes et tous les Canadiens aient un accès égal aux soins de qualité et dans les délais requis, pas seulement ceux qui peuvent se permettre de payer de leur propre portefeuille.
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